Association des amis de l'atelier du temps passé

Pratique du métier

Tests pour le diagnostic

Analyse des matériaux constitutifs

Avant toute intervention, il est nécessaire de faire un diagnostic qui comprend non seulement l'identification des matériaux, mais aussi celle des opérations possibles. Pour ce faire, il existe quelques tests de base dont nous vous parlons ici.

Nature de la toile

Test de combustion

Quand la fibre se consume rapidement, sans flamme, en dégageant une odeur proche de celle du papier brûlé et qu’un résidu de cendres blanches et légères demeure à l’extrémité de la fibre on est en présence de lin ou de chanvre. La plus part du temps on est en présence de lin dans le cas des toile à peindre en occident.
Voir pour plus de détail sur la combustion des fibre l’article https://3atp.org/Identification-des-fibres-des.

Aspect des fibres végétales
Aspect des fibres de lin, de chèvre et de coton une fois grossies au microscope.

Observation des fibres

À noter que lorsqu’on casse une fibre, le coton se déchire en une multitude de filament alors que le lin se casse de façon plutôt net.
Pour confirmer, on peut pratiquer une observation au microscope. Voir à ce sujet la vidéo ci-dessous :

Nature de l’encollage

Le test à la fuchsine a pour objectif de détecter la présence de collagène, indiquant l’utilisation d’une colle protéique (colle de peau de lapin, colle d’os, colle de poissons...).
Pour ce faire il faut appliquer une goutte de fuchsine à 1 % sur un échantillon, puis rincer après 5 minutes avec à l’eau déminéralisée ou à l’éthanol, et on sèche avec du papier absorbant. On peut éventuellement rincer avec une solution d’eau vinaigrée pour fixer la coloration.

L’observation se fait ensuite au microscope optique.

La Fuchsine permet de mettre en évidence les protéines peptidiques. En effet, la fuchsine se fixe sur ces dernières et les colore en rose.

Nature de la couche picturale et/ou de la préparation

Test au noir de Soudan

On choisit une écaille et on la positionne sous le microscope. On applique une petite goutte de noir de Soudan sur l’échantillon (souvent une écaille), puis on rince celui-ci à l’eau déminéralisée.
Si l’écaille présente une coloration noire, cela indique la présence de lipides dans la préparation. Cela permet donc de déterminer la nature lipidique de la préparation afin de savoir si elle est grasse ou maigre.

Test à l’acide chlorhydrique

Pour détecter la présence de carbonate de calcium (CaCO3 – craie, calcaire) dans la préparation on choisit une écaille qu’on dépose sous le microscope. On applique une petite goutte d’acide chlorhydrique sur celle-ci qui réagit avec le calcaire en formant des bulles et en étant absorbé par la matière. Ainsi une formation de bulles indique la présence de calcaire dans la préparation.

Test à l’acide nitrique

Pour déterminer la nature du pigment blanc utilisé, en particulier la présence éventuelle de blanc de plomb on dépose une goutte d’acide nitrique sur une écaille (éventuellement la même que pour le test précédent), afin de provoquer une réaction chimique spécifique aux composés à base de plomb.
Si l’acide génère une effervescence notable cela indique la présence de cristaux de nitrate de plomb.
À noter que lorsque l’acide nitrique rentre en contact avec certains matériaux qui ne se dissolvent il peut y avoir une réaction de passivation qui indique alors la présence d’un siccatif ou d’un pigment métallique dans la préparation ou la couche picturale selon la strate de celle-ci qui est testée.

Détermination de la nature du pigment par observation sous fluorescence UV :

L’observation sous lumière ultraviolette du blanc de zinc génère une fluorescence jaune contrairement aux autres blancs qui présentent des réactions différentes sous UV.

Test de vérification des réaction des matériaux en vue de certaines opérations de restauration

Test de réactivité à la chaleur

Un test thermique a été effectué sur une zone périphérique afin d’évaluer la sensibilité des matériaux constitutifs de l’œuvre à la chaleur. La montée en température a été appliquée progressivement à l’aide d’une spatule chauffante, séparée de la surface par un film de Melinex®, sans humidification préalable, pour une plage allant de 30 °C à 70 °C.

Aucune réaction notable n’est observée jusqu’à 70 °C : absence de modification chromatique, de déformation, de fonte superficielle ou d’odeur pouvant signaler une altération des composants organiques. Ces observations indiquent que l’œuvre supporte des sollicitations thermiques modérées (≤ 70 °C).

Test de réactivité à l’humidité

Un test d’humidification ponctuelle doit être réalisé afin d’évaluer la sensibilité du support toile et de la couche picturale à l’eau. Une goutte d’eau déminéralisée a été appliquée à l’aide d’un pinceau fin, à la fois sur le revers du support et sur une zone discrète de la couche picturale.

Sur la toile de lin, la goutte est restée très bombée, traduisant une tension superficielle élevée et une absorption capillaire très faible. L’humidité ne s’est pas diffusée immédiatement dans les fibres, indiquant une perméabilité réduite du support dans ces conditions. Concernant la couche picturale, aucune migration pigmentaire ni altération chromatique n’a été constatée.

Ces résultats montrent que l’œuvre tolère une humidification localisée, à condition qu’elle soit précisément contrôlée. L’usage ponctuel de l’eau reste envisageable pour certaines interventions, telles que la mise à plat partielle, le nettoyage du revers ou des refixages à base aqueuse (colle de peau diluée, méthylcellulose).

Mesures de pH et conductivité

Les tests de pH et de conductivité sont réalisés en amont du décrassage afin de mieux comprendre l’état chimique de la surface picturale et d’orienter le choix des solutions de nettoyage.

  • Définition du pH
    Le pH est une grandeur qui indique le degré d’acidité ou de basicité d’un milieu aqueux. Il est lié à la concentration des ions hydrogène (H+) présents. Un pH inférieur à 7 est acide, un pH égal à 7 est neutre, et un pH supérieur à 7 est basique.
  • Définition de la conductivité
    La conductivité électrique d’une solution ou d’un milieu humide correspond à sa capacité à laisser passer un courant électrique. Elle dépend de la présence d’ions dissous : plus il y a d’ions, meilleure est la conductivité. Elle s’exprime en microsiemens par centimètre (μS/cm). Dans les matériaux picturaux, la conductivité renseigne sur la présence de substances solubles ou de produits ioniques en surface.

Pour la réalisation de ces tests, des pastilles d’agarose sont préparées (10 ml d’eau déminéralisée pour 0,4 g d’agarose, soit 3 %). Les mesures sont réalisées à l’aide d’un conductimètre à électrode plate (LAQUAtwin), en appliquant une pastille d’agarose humidifiée à l’eau déminéralisée. Cette méthode non invasive permet de limiter l’apport d’eau libre et le risque de migration ionique dans les couches sensibles.

Les pastilles sont ensuite déposées sur différentes zones pigmentées de la surface picturale afin d’obtenir des données représentatives de l’ensemble de l’œuvre.